Notre fier pavillon français accroché à la tente nous affiche la couleur… Aujourd'hui, vent de face! Durant trois jours il ne nous quittera plus. Encore cette ligne droite qui s'étend sur la carte sur des centaines de kilomètres en direction de Tucuman. Le vent va t-il faiblir? STP le vent, faiblis pour nous… La réponse des locaux est claire: "es la fecha" (c'est la période)…

Pour le moment, pas d'autres choix que de foncer. Or, à 9 ou 10 km/h le temps est terriblement long. Nous trouvons des distractions: contempler des vautours qui s'affairent autour d'une carcasse de cheval; on les voit ensuite s'envoler dans les puissantes thermiques.

Au sol, ce sont de gros dindons, en l'air, des planeurs de hautes performances, chaque plume est comme un capteur qui renseigne la bestiole sur le comportement de la masse d'air. Il y a aussi ces petits troupeaux de chèvres gardés par de braves chiens dévoués à leur tache. Nous les préférons à ces saloperies qui nous coursent!

Notre moral n'est pas au top à vrai dire, d'autant plus que nos genoux nous font mal. Parfois nous pédalons d'une jambe pour s'économiser. C'est un moment à passer pour habituer le corps et le mental à la résistance, nous le savons. Parfois nous cachons l'horizon grâce à la visière de notre casquette et nous nous concentrons sur la ligne blanche. Ainsi, l'esprit se libère, nous pouvons revivre de bons souvenirs, penser librement en pédalant machinalement. ça aide!

Arrivés à Frias, ça va mieux. Nous squattons toute une après-midi un cyber-café, contactons nos proches, mails, glaces, etc… Nous réalisons que nous manquions de détente ces derniers jours, ces quelques heures nous font vraiment du bien. Slogan du bourg: "Ciudad de la amistad", ville de l'amitié; ce qui s'avèrera dans la soirée. "Cookie", la tenante d'un "kiosco", type de commerce où nous avons pour habitude de nous réapprovisionner, fait tout son posible pour nous trouver un toit pour la nuit: elle contacte son ami, gardien de la gare désaffectée, la police, les pompiers, etc… Finalement, la police nous escorte jusqu'à l’église où nous dormirons dans une annexe. Formidable cette vieille dame!

Au réveil nous entamons notre 2ième chasse au poids (première à buenos Aires). Tout y passe: jean's Lewis, short fetish, sangles de guitares qui ont connu bien des concerts… Petit pincement au coeur mais ne faut-il pas savoir s'affranchir des attaches matériels pour se sentir plus libre et, en l’occurrence, plus léger? Nous offrons le tout à la paroisse en guise de remerciement.

Petit dej' sur la place centrale à l'ombre d'un arbre aux racines tentaculaires et c'est reparti!

A la station essence nous rencontrons par hasard un pharmacien démonstrateur qui parcours la province pour vendre les mérites de ses produits. Nous lui parlons de nos douleurs articulaires. Comme par miracle, il sort du coffre de sa vieille Ford une boite d'ibuprofène toute neuve, sauvés!

Lorsque nous reprenons la route le vent a encore forci. Cette fois c'est décidé, au prochain "pueblo" nous virerons à babord, plein Ouest, quittes à faire plusieurs kilomètres supplémentaires. Nous ne regretterons pas ce choix qui a marqué un nouveau départ. C'est révolutionnaire! Sur une piste en terre à travers une végétation qui s'étoffe et de petits villages qui grouillent d'animaux, nous filons à 25 km/h, nous renouons avec le plaisir de pédaler.

Dans cet élan nous ne ménageons plus nos rotules et une douleur stoppe Antoine, faire un mètre lui est impossible. Heureusement nous trouvons un emplacement superbe pour la tente, qui surplombe la foret. Les grillons commencent leur tintamarre, quelques lucioles passent en scintillant…...