La nature se réveille, barbouillée de rosée. Des parfums émanent de la végétation pour aller régaler les narines de deux cyclistes heureux, tous sens en alerte. A Las Cañas nous découvrons un tout autre type de village: place ombragée avec fontaine (cool pour la vaisselle), rues paisibles et une départementale au bitume de sucre-glace. Au loin pointent comme une poitrine les “sierras de Manchao” qui culminent à 4405m.

Tout au long de la journée nous les longeons vers le Nord; quelle route agréable!

Le soir a La Cocha, nous redemandons l'hospitalité, cette fois à la mairie. Le bourgmestre se déplace en personne, nous lui expliquons: "solo un techo para la noche" (juste un toit pour la nuit) juste de quoi poser nos duvet quoi! Il nous offrira bien plus! Une chambre d'hôtel bien tenue avec salle de bain privée; inespéré! Au matin, l'aubergiste se réveil à 8h00 pour nous préparer un petit dej' avant notre départ. Nous pensions à un malentendu, que nous devions payer, hé ben nan! Tout gratuit. Le tenancier devait avoir une dette envers “ el jefe”! Content d'en profiter. Une nuit comme celle-ci est réparatrice pour notre corps meurtri (pauvres petits), et pour cause, le lendemain nous roulons sans etre dopé à l’ibuprofène et parcourons 95Km.

La vallée est animée: la récolte de la canne-à-sucre bat son plein…On la sent à plein nez, camions et tracteurs débordent de tiges et nous doublent lourdement; l’attelage fait parfois 4 remorques, comme un train. Entre Aguilares,où nous dévorons un régime de bananes et Concepción (15 KM), un de ces train routier nous double lentement.... Alain s’accroche: “Magnes-toi Antoine, il trace!” et nous voila sur un tire-fesse pour cycliste à observer défiler, un sourire jusqu’au oreilles, les champs de tabac dominés par de petites cases en bois (pour le séchage des feuilles), les bananiers, colibris, cochons vautrés dans une marre de boue. On klaxonne les passants (avec notre super installation sur la direction) “Pouet Pouet” “Como vas amigo” “Bien bien”. Le paysage se rapproche de l’Ile de la Reunion: relief qui monte a pic, ambiance tropicale, il ne manque que l’Océan Indien au tableau. En regardant machinalement vers les sommets, nous voyons surgir d’une éclaircie un pic parfait, notre première montagne de plus de 5000m. Nous restons bouche bée, ho c’est haut !

A partir de ce moment nous avons le sentiment que les Andes ne nous quitterons plus jusqu’à Quito et que notre “rodage” se termine. Nous rentrons dans le vif du sujet.