Encore des paysages et un climat different. L’argentine nous impressionne par sa diversité. En 2000m de dénivellé nous découvrons une vegetation luxuriante impenetrable. La pente, en dehors de la route, monte droit au ciel. Sur ce mur, des arbres et des plantes qui raviraient un passioné de botanique. En contre-bas coule un petit torrent dans un lit de gros galets… Il fait frais et humide, c’est agréable pour rouler ; mais il y a ces fichus lacets ! de nouveaux muscles travaillent : bras, dos, torse ; les montées sont rudes et se font sur la plus petite vitesse... le monte-mur comme dirait Serge! Chaque coté ou virage nous motive à decouvrir ce qui se cache derrière. Parfois nous grimpons une heure pour redescendre le tout en 5 minutes, frustrant…

Nous commençons a douter d’atteindre Tafi Del Valle avant la nuit, a 2100m.

Ce jour là notre carburant se compose de soupe en flocons ! Rien trouvé de mieux la veille.

Nous rencontrons nos premiers cyclo-touristes, Marc et Christine. Ils sont belges et aiment les frites ! En 11 mois ils rallient Trujillo, Nord Pérou, à Ushuaia, en Patagonie. En général ils pédallent le matin puis cherchent un hotel, un centre de santé ou une caserne de pompiers pour passer la nuit. Le Pérou les a marqué et nous repartons pas très rassurés… mais plein d’images en tête !

Beaucoup d’arrets sont necessaires au refroidissement des rotules, ça chauffe sous la culasse!

Enfin, vers 17h, nous sentons un changement. La pente baisse en pourcentages, le froid s’installe et nous sommes désormais dans les nuages. Finalement, Tafi, on devrait pouvoir y arriver non? Nous revons d’un vrai lit, d’une journée sans vélo (1ere depuis Cordoba)… La veille nous avons dormi dans un champ de canne-a-sucre, après avoir fui l’affreux village de Moteros. L’espace aérien du campement était défendu par des esquadrilles de virulents moustiques. Le remake de la bataille d’Angleterre a commencé au moment oú nous avons posé pied-a-terre. Méme avec le puissant produit repulsif les V1 ne reculaient pas. Nous avons monté la tente en ponctuant notre labeur de noms d’oiseaux « #@ ### de moustiques » et battu en retrait a l’interieur. Sortir une main était une violation de couvre-feu, ils rentraient sous notre bouclier anti-missiles. Que faire sans réchaud ? Echanger les repas. Petit dej ce soir et soupe demain matin ! Hummmm...

Revenons à notre premier col qui fait perler notre front comme une veste gore-tex. A plus de 2000m, nous y arrivons et débouchons dans le brouillard sur un lac d’altitude. De l’autre coté, une biere Quilmes nous attend dans la fraicheur d’un réfrigerateur de Kiosco… Eole nous donne un coup de pouce jusqu'à la ville, ce qui n’empeche pas Alain d’avoir la cuisse tetanisée par une crampe à 200m du paradis !

Après une nuit salvatrice nous décrouvrons les environs. Tafi a poussé dans une cuvette autour de laquelle siège une couronne de montagnes. La plus haute dépasse 5000m. Au loin, le lac.

C’est paisible. On croise beaucoup d’hommes à cheval suivis de leurs chiens. Le trot claque sur les pavés. Certains portent le pancho traditionnel Tucuman, de couleur rouge (symbole du sang qui a coulé contre les conquistadors). Nous effectuons un peu de maintenance et préparons avec excitation le départ du jour suivant : 3eme chasse au poids ! Tuba, etiquettes, boucles de métal, outils,etc... Demain on continue la grimpette: le « col de l’enfer ».