« Bon, pour l'échauffement on y va mollo? Faut qu'on tourne prochaine rue à gauche » Ça commence fort. La-dite rue fait 800 metres et ressemble au lanceur de Space Mountain. En haut, nous arrivons avec les cheveux qui fument, crevés ! Le ciel est pur, aucun obstacle au rayonnement du Soleil, au fil de la montée Tafi s'enfonce. La végétation a disparue, à part la Puna, petites touffes d'herbes hautes et blondes qui pixellisent les alentours. De petits ruisseaux courent le long du tarmac, des chevaux se chamaillent.

Sur les hauteurs on aperçoit des gauchos qui rassemblent leurs bêtes éparpillées ; ils leur crient un langage qu'on ne comprend pas mais ça fait bien, on dirait un western. On sue, on boit beaucoup, Alain abandonne même ses Adidas à 60euros pour s'alléger ; enfin, nous apercevons au loin l'objectif, le « col de l'enfer »! Encore un petit effort… La crampe d'alain revient. Vite, l'ibuprofène et gros étirements !

3040m. On y est ! Dans le trou, Tafi est une petite tache sombre… Une langue de nuage tente un passage en force entre les dents du bonheur de cette machoire de roches. Des bus vomissent leur chargement de touristes, pour la photo (nous faisons pareil !).

Comme tous bon col qui se respecte, un grande descente coule jusqu'à la vallée, trop trop cool. Surtout qu'elle nous réjouira toute l'après-midi ! Le passage sur l'autre versant est frappant : cactus géants, arbres lyophilisés pour seule végétation, la roche et le sable sont blond, c'est très sec !

Dans les lacets nous rivallisons avec les motards, qui nous encouragent de leurs klaxons. En plein virage, Antoine perd une sacoche avec la force centrifuge.


En fond, les Andes surgissent, sentinelles sombres à crêtes enneigées. Avec le paysage magnifique qui défile vite, le vertige des precipices et canyons, la sensation est forte ! Le fond de la vallée est trouble à cause du sable que le vent soulève. Elle semble profondement encaissée, emprisonnée par les Sierras à l'Est et les Andes à l'Ouest… Plus au nord, hors de portée de notre regard, c'est Cafayate, tant convoitée depuis 2 ans.

A Amaicha Del Valle, encore grisé par la vitesse, nous remplissons nos gourdes et faisons nos provisions à la station essence. Un car de retraités Argentins vient entourer Alain en plein étirement et le bombardent de questions. Les petites vieilles viennent même poser pour une photo entre nous, elles nous parlent de leurs fils qui ont notre age, de leur pays… c'est sympa !

Dans le crépuscule, nous poussons jusqu'à la mythique route 40, la plus australe de la planète puisqu'elle s'étire jusqu'à Ushuaia. L'ambiance est féerique : la Sierra revêt son habit de soirée, le rouge-orangé, le ciel est un cyclope qui nous observe de sa pleine Lune.