C'est parti, sourcils froncés et regard conquérant. Encore 15Km et nous attaquerons « the wall » ( pas le célèbre album des Pink Floyd) : la « cuesta de Lipan ». 99 lacets, 2000m de dénivelé… tellement impressionnante qu'elle figure sur de nombreuses cartes postales (que certains d'entre vous auront la chance de recevoir). Au début, tranquillo. La pente est douce, presque agréable. Puis, ça pars sérieusement en corniche le long des collines, ça se complique !


Au sortir d'une courbe nous tombons "pneu à asphalte" avec la bête. Un énorme cobra en pleine strangulation avec une montagne, jusqu'à son col. Les camions en haut sont minuscules, on les voit avancer tout doucement (ils nous ont dépassé depuis tellement longtemps!). Ne pas se laisser intimider. On fonce tête dans le guidon. Ça chauffe dans les guiboles, le souffle est bruyant et de plus-en-plus court, les pauses, fréquentes. Chaque lacet nous fait gagner en altitude et c'est avec fierté que nous regardons en contre-bas nos 1ères courbes.

A 2heures du col on se met au fourneau, assis sur de grosses pierres. Les pâtes mettent un temps fou à cuire à cette hauteur. Nous essayons une tisane à la coca, cette fameuse feuille (et non la poudre, on est pas des toxicos !) aux propriétés "coupe-faim" et anti mal de l'altitude.

Dans les derniers kilomètres, une silhouette familière descend en négociant un virage serré. C'est Daniel, un cyclo argentin qui vient de Quito. Comme à notre coutume, KLAXON!!! Il prend peur, mord l’intérieur de la courbe en sable fin et se crash méchamment en un nuage de poussière. A 60km/h il nous offre un spectacle grandiose. Il ne manque plus qu'une bonne explosion pyrotechnique hollywoodienne! Rien de cassé; un pneu crevé, des petites blessures secondaires, il nous a fait peur ce bougre.

Enfin le col., 4170m! Nous sommes en plein dans les nuages, il fait humide et gris. On se fait même la bise, s'était plus facile que prévu. Et pour cause... Nous nous attendons à une grosse descente, un petit coin sympa pour camper. Grossière erreur! Derrière, le cobra continu sa lutte titanesque et serpente, encore. Heureusement, la couche nuageuse s'estompe et nous découvre un horizon de montagnes étincelantes au Soleil couchant. Sur notre gauche, un profond ravin nous donne le vertige.

Et c'est le col, le vrai! Avec le beau panneau "4170m"! Comme promis, grosse descente avec vent dans les fesses; on monte à 70km/h. Le décor défile, incroyable, sous un fond de crêtes rocheuses. Nous croyons rêver en apercevant, entre deux versants, une surface blanche qui épouse la ligne d'horizon: la grande saline! Comme le vent est fort et que la température chute il nous faut vite faire un nid pour la nuit. Un rio à sec semble offrir une bonne protection au vent, il nous séduit immédiatement. Let's go! A l'instant où le Soleil s'enfonce derrière une crête rocheuse, nous gelons. On sort la totale: gant, bonnet, pantalon en polaire, chaussettes de ski. Pour cuisiner c'est pas gagné: nous sommes aussi agiles que des boxers après un match. Toute la nuit le vent fera rentrer du sable dans la tente. A la frontale et en orientant le faisceau lumineux dehors, on voit passer des vagues de poussière. Rassurant! Nous sommes désormais maintenant en milieu hostile (oulala j'ai peur)... On ne dort pas très bien cette nuit là.