"Bon, tu te réveil feignasse?"

L'air frais s'infiltre partout en roulant, nous avons la chaire de poule devant, et, derrière, on crève de chaud avec le Soleil qui tape sur nos vêtements noirs...C'est malin ça. La majeure partie de la journée est consacrée à la traversée de la Grande Saline.

Nous avançons bien et passons quelques Sierras. Encore 50Km et nous arrivons à Susques. Nous entamons un petit relief au travers d'un canyon serré où s'enchainent montées et descentes. Jamais vu des cactus aussi géants. Il y en a partout. Il fait trés chaud. Dans les « zoubidas » notre vitesse est tellement lente que des mouches viennent se poser sur nos mains gluantes de sueur ; on adore ça. A force de grimper, nous surplombant une vallée où l'on devine l'étape du soir : Susques.

Après plusieurs « traîtrises » du relief (superbes prises de vitesses cassées subitement), de décor de crèmes glacées, de plateaux cassés par de profondes failles, nous y sommes.


Et c'est du rustique! Susques est une ville étape pour les routiers transitant entre l'Argentine et le Chili. Un générateur pour toute la ville, une parabole pour internet (ça c'est chouette), et le pompon, une douche dernier cri. Nous prenons une chambre dans une auberge modeste en adobe, pour 2 Euros la nuit. « Woaw on va pouvoir se prendre une bonne douche » Hé ben non ! Nous n'aurons pas une goutte d'eau courante...snif. En condition normale, pour faire fonctionner cette dernière, il vous faut :

  • 1: prendre la poubelle et mettre de l'eau dedans.
  • 2: verser l'eau dans la cuve à bout de bras sans en renverser sur soi
  • 3: Brancher la resistance pour faire mijoter le tout
  • 4: attendre en priant ou en pleurant de froid.

Avec l'altitude nous dormons trés mal. On se réveil subitement en inspirant comme Jacques Maillole après une plongée en apnée dans « le Grand Bleu ». Le sommeil est fragile.

Un saut à la poste pour poster VOS cartes postales et c'est reparti. On a du boulot aujourd'hui et, nous ne le savons pas encore mais les deux jours à venir vont être trés difficiles.

Petite mise en jambe avec un petit col où nous voyons se cacher dans les roches des Viscachas, ces souris géantes, un croisement entre kangourou nain et lapin à tête de Mickey. Le versant suivant nous entaîne jusqu'au rivage de la saline d'Olaroz.



Une surface blanche de plusieurs milliers de km2. Nous la longeons jusqu'à ce que le vent se lève. Il est de plus en plus violent. Quelques cases de terre en ruines nous abritent pour la pause de midi : pâtes au parmesan, miam. Nous nous sentons seuls au monde. Des jouets d'enfants, des roues de vélo, des chaussures à demi enfouies gisent. Un vieux puit à sec trône au milieu de ce village fantôme. Brrr peu accueuillant !


L'après midi nous sape le moral. Aucun obstacle à ce vent puissant. La bonne visibilité et la pureté du ciel nous donne l'impression que la Sierra oú nous projetons de passer la nuit est toute proche. Avec ce vent de face nous faisons du sur-place, 5km/h en forçant ! Tous les 5 km nous nous partageons la tête pour soulager l'autre, à la manière des grands oiseaux migrateurs (sauf qu'à deux nous ne formons malheureusement pas ce « V » parfait).


Il faut se rendre à l'évidence : jamais nous n'arriverons avant le crépuscule au but fixé. Il nous faut trouver un abri et vite. Sur le bord de la route un tas de graviers semble freiner un peu ce souffle puissant. Le montage de la tente est un calvaire, dur de mettre les arceaux, le vent s'engouffre partout. Le sol, fait de cailloux, rend la pause de sardines impossible. Nous nous réfugions derrière un tuyau d'évacuation d'eau (ce liquide existe-t-il ici ?!), vidés de nos forces et enclin à un gros mal de crâne. C'est pas la forme. Comment apprivoiser cet environnement ? On ne s'y sent pas à notre place. Nous nous couchons, inquiet. A chaque bourasque la tente semble s'envoler avec nous. Dans les oreilles, le 4eme mouvement de la Symphonie pastorale de Beethoven : sensations monstrueusement bonnes. Quel environnement propice pour apprecier cette musique de maître à sa juste valeur.

Le réveil sonne tôt pour profiter des heures où le vent souffle moins. Dans nos gourdes, l'eau est gelée et la tente a dérouillée : une fermeture ne ferme plus, des bouts de la moustiquaire sont déchirés... « Allez on se tire de ce coin !!! ».


Enfin la Sierra! Les cours d'eau sont gelés, c'est trés joli avec cette végétation andine : des mousses jaunes, vertes et la puna jouent à cache-cache avec les plaques de givre... La course contre le vent est engagée, vite, bouffer du kilomètre.
On redébouche sur un plateau immense encerclé de volcans. Coiffés de neige, têtes côniques ou en cratères, pics ou arêtes sombres, ce sont de véritables ambassadeurs de la troposphère. Un formidable vent d'altitude forci et nous fixe en suspension dans le paysage. La lutte est acharnée. Des rafales incrustent du sable fin dans les pores de notre peau, puis nous entraîne dans le bas-côté. On se retient pour ne pas lancer les vélos violement. Malgré tout, le paysage est grandiose et force le respect ; nous ne sommes RIEN ici. Au bout d'une descente interminable, voila la salar de Jama et...bonheur, le poste de frontière argentine-Chili.



Des vigognes traversent la partie solide du salar, des flamands roses barbotent dans la partie liquide...un autre monde à 4000. Les derniers mètres sont durs ; l'Argentine ne veut pas qu'on parte, elle nous a trop apprécié ! 06h40 de vélo pour 60km, pratiquement non-stop. Elle nous en fait baver jusqu'à une batisse où l'on s'arrête : « COMEDOR ». Littérairement, « paradis » pour nous. Cette fois la bière est meritée et le sandwich, un orgasme culinaire !