Poste frontière bolivien: une case posée à 4300m d’altitude entre deux volcans. Seuls occupants : deux pauvres douaniers. Ils travaillent H24, 7j/7 pendant 43jours ! Rien autour (à part les champs de mines anti-personelles), à 7 heurs de jeep de leur famille et avec la drogue qui transite (même par les tours organisés !).


Le Sud Lipez


Beaucoup de touristes viennent nous parler. En un coup de vent nous avons un exposé des voyages de chacuns: les marseillais et les pirogues de l’Amazonie, l’hotesse Air France en voyage de noce... Quelques fragments de voyage exposés le temps d’un tamponnage ; nous repartons pleins d’images en tête.


Le Sud Lipez


Une question nous tanne : on l’affronte ce Sud Lipez (redoutable, voir dernier post) ? On s'impose une série de tests : dormir autour de la magnifique Laguna Verde, en faire le tour et monter ce sacré Licancabur ! Si tout se passe bien on se reapprovisionne et on file vers Uyuni en vélo.

Au refuge le garde est catégorique : interdit de camper près de la Laguna Verde et 75euros pour l’ascension. Guide obligatoire ! Et en plus, il faut lui payer son carosse jusqu’au camp de base (interdit d’y camper aussi). Ça commence bien ! Hors de question de devoir payer le refuge, ça sera camping.


Le Sud Lipez: Le refuge


Nous partons vers le camp de base avec pour objectif d’y dormir et monter, seuls, le lendemain. C’est le début d’une partie de cache-cache avec le garde. Il n’est pas dupe et a compris nos intentions. Il nous rattrape et nous convenons d’un compromis. Il nous laisse camper, à condition d’être discret, mais nous interdit le camp de base (pour des soi-disant raisons de sécurité...). C’est ce qu’on verra.


Le Sud Lipez


La piste qui fait le tour de la Lagune est une horeur ! Impossible de relever la tête pour contempler le paysage : roches, sables, tôle ondulée, contrer les rafales de vent pour ne pas se retrouver dans le sable meuble, pousser nos lourdes bécanes... Epuisant !

La Laguna Verde est d’un vert pastel clair. Sur sa voisine, la laguna blanca, des flamands roses s’envolent à notre approche ; il y a même des mouettes (c’est déjà bizare dans les champs de béteraves Picard mais là !).


Le Sud Lipez



Au fond, la porte du Sud Lipez. On peut suivre la piste des yeux jusqu’à ce qu’elle disparaisse entre deux arrêtes au caramel. Quelques Toyotas la foulent en faisant s’élever un panache de poussière. 400km plus loin c’est la salar d’Uyuni. On va y réfléchir à deux fois...

Sur le bord de la lagune nous tombons sur la fameuse source chaude, l’endroit idéal pour dormir ! Il y a quelques aménagements pour les touristes : une table et des chaises en roche, un mur de brique qui protège du vent et même des petits vestiaires ! La cerise sur le gâteau : cette piscine d’eau à 30degrés! Woaw! Vite, la tente, le réchaud et on va dans le jacuzzi...

Nous contemplons le couché de Soleil dans l’eau fumante avec (encore) une bouteille de rouge chilien (mais il est tellement bon et c’est notre dernier !). Les sommets se marient aux cirus et s’embrasent comme des mêches. Les flamands roses se préparent à l’obscurité, remballent une patte au chaud et cachent leur tête sous leurs ailes.


Le Sud Lipez


C’était la première partie du spectacle, un préambule. Maintenant, place aux étoiles, les stars ! Le ciel est une pépite violée par l’orbite des satellites, ça trace de partout.

« On va bien dormir là !» ( nous sommes rouges comme des écrevisses et complétement détendus). Erreur... Notre acclimatation à l’altitude s’est évaporée à San Pedro; impossible de fermer l’oeil de la nuit. On se retourne dans tout les sens pour trouver la position qui protège le mieux du froid. Evidemment, c’est 30min avant le réveil que nous fermons les yeux.

La veille, nous avons recalculé nos objectifs en barbotant dans le jacuzzi : nous ne pouvons nous permettre une si grosse dépense pour le Licancabur. Nous tenterons un autre.


Le Sud Lipez: Le Licancabur


En ce qui concerne le Sud Lipez, hors de question. 10 jours de vélo sur cette piste ressemblerai à un enfer et nous avons entendu parler de 4*4 qui rentraient vides à Uyuni.

Le froid est mordant pour relier le refuge. Avant de partir, Alain met plusieurs fois ses mains dans l’eau chaude puis ne les revêti que d’une paire de gants « windstopper ». Il dérouille et se tord de douleur. Le fait d’avoir refroidi puis réchauffer violement ses mains dans la source a accentué « l’onglet ».

Finalement nous arrivons avec une heure d’avance pour une raison assez bête : en Bolivie nous reculons d’une heure... Comme pour remercier les grands gagants du cache-cache géant, le garde nous offre trois bières d’affilées ! Bon ok, on sort les guitares et c’est parti pour un petit concert joyeux en l’honneur de ce déjeuner atypique. Le guide se joint même à la fête et nous chambre sur la taille des montagnes françaises : « Tu vois la coline là ? 4800m, la taille de votre Mont Banc !» et il éclate de rire. Ils sont sympa finalement ! Le garde nous trouve une jeep, on place les vélos sur le toit et LET'S GO pour 7 heures de piste apocalyptique.

Le conducteur rentre avec la cuisinière ; ils viennent de déposer les touristes à la frontière et, après 3 jours de circuit, n’ont qu’une envie : tracer chez eux ! Nous ne ferons aucune pause mais, quels paysages ! On est bien sur Terre là ?


Le Sud Lipez