“30 dolls” “Hein?! C’est le prix du tour avec la bouffe ca!” Pour 7 heures de Toyota jusqu’á Uyuni c’est plutot cher par rapport au marché. Nous mimons de n’avoir que l’équivalent de 20 USD, pas mal pour le chauffeur qui se met tout dans la poche. Uyuni nous marquera pour ses prix « gringos » flagrants, et ce n’est que le début d’une longue série! Plusieurs fois, au moment de payer, les tarifs doublent. Il faut développer des stratégies. A un enfant qui vient de s’acheter à manger : « Chico, cual es el precio para eso ? » « 2 Bols ». Bien, ça c’est le vrai prix. A notre tour d’essayer ; « 3 Bols ! » Et c’est parti pour les négociations.

Cette ville, ancien carrefour ferroviaire (d’oú le fameux cimetière de trains), n’a rien de chaleureux ; on se croirait un peu au farwest, sans les saloons. Depuis quelques années, le tourisme est en expension (+15 % /an) ; normal à 20Km de cette incroyable salar et lorsqu’on est à la porte du Sud Lipez.

Pendant un moment le projet a eu chaud. Tout a failli s’arreter car Antoine était menacé de rentrer. Explications : contre toute attente (c’est le premier étonné), il était arrivé en Mai dernier, au bout des sélections pour être pilote de chasse, son rêve d’enfant. Les meilleurs dossiers étaient sélectionnés le 23/11, jour de la réponse. Cette épée de Damoclès avait un peu sapé le moral de l’équipe de choc : et si c’était la fin de Cyclocanciones ? Quelle serait la suite pour Alain ? Comment annoncer cela à nos très chers lecteurs et sponsors ? Seule solution, laisser oeuvrer le destin et patienter. Dur de se plonger dans nos objectifs et de prévoir la suite... La sentence, après une longue attente, tombe. Houra ! Nous continuons le projet ! C’est un soulagement et aussi un coup de fouet. Dans la foulée nous planifions les prochains mois et allons jusqu’à changer une partie de notre itinéraire. Un soir, nous tombons nez-à-nez devant un poster de pirogue sur une berge d’un rio de l’Amazonie : « Waow ! Pourquoi on y va pas ? » S’en suit une après-midi de recherches qui aboutissent à la conclusion suivante : « A nous l’enfer vert !» ; rendez-vous début Février...


Par hasard nous entendons parler d’une inauguration à l’aérodrome : une nouvelle ligne de la compagnie Aerosur relliant Uyuni à Cochabamba, Sucre et La Paz.

Il y a foule ! Des journalistes, des officiels, des badauds et deux cyclo-ménestrels. Tout le monde a le yeux rivés vers l’horizon. Le « podium » est dressé, les hauts-parleurs branchés... Le voila ! Il arrive à plein régime pour un passage à basse altitude et, surprise, c’est un authentique DC3 chromé qui ronronne de ses deux moteurs en étoile. [Fash-back culturel : cet avion est sorti des usines de Mc Donnell Douglas dans les années 30 et est toujours en ligne dans certains pays du tiers-monde : increvable.]



Il sort les trains et s’alligne en finale. Le touché fait jaillir un nuage de poussière. Sur les 20m2 de tarmac qui lui sont réservé, la foule s’aglutine et les pilotes doivent faire de grands gestes pour se frayer une place (pour ne découper personne comme un steak de lama). L’orchestre militaire se met à jouer un air martial tandis que le ministre des transports descend et reçoit un collier de fleurs. Nous profitons des discours qui larcènent pour se prendre en photo devant la bête. Impression de remonter le temps jusqu’aux années 50 : cet avion magnifique posé dans ce décor de hauts plateaux, ces « cholitas » (femmes boliviennes) en habits traditionnels : chapeau melon d’oú s’échappent deux longues nattes tressées d’écolières, jupes bouffantes et bas en alpaguas... Parfois, un bébé accroché dans le dos sort la tete hors du tissu multicolor...

UYUNI, UN NOUVEAU DEPART.


Brutalement, ce joli tableau s’interrompt avec le départ groupé des journalistes et l’arrivée d’un ciel menacant. Nous ne sommes plus que deux en contemplation (encore) lorsque nous voyons l’horizon disparaitre sous un tsunami de poussière. Vite ! dans l’aérogare ! En vérité, ce n’est qu’une petite case en briques de sel coiffé d’un toit de tôles. Dehors ca gronde, le DC3 est à peine visible. On s’assoit pour attendre. Soudain, tout craque ! Une brique tombe sur le bras d’Alain, le toit s’arrache, se soulève et s’envole en rasant le fuselage du zinc. C’était moins une ! On en a les jambes qui flageollent. Il y a 30 min à peine ca grouillait de monde ; une secrétaire mimait, pour les journalistes, la saisie d’une réservation sur un ordinateur non branché... Nous ne resterons pas plus longtemps dans cette case « d’Ensel et Gretel ».



Uyuni est aussi un tournant pour la santé budgétaire du projet. En faisant les comptes nous réalisons que rejoindre Cuba est impossible si nous ne réagissons pas. Dans une réunion solenelle nous érrigeons un plan de « restructuration »: toujours chercher les prix les moins chers et négocier. Ne pas manger à midi, réduire Internet (blog et communications), demander l’hospitalité et ajouter un nouvel apport personnel. Dur de ne pas dépasser la barrière des 7.14euros/jours.

Heureusement, ici la vie est peu chère. 20 kilomètres achetés en sponsoring nous nourrissent une semaine!

1 euro = 10.5 Bols:

  • 9 morceaux de pain : 3bols,
  • ´
  • un beignet frit au fromage 1bol,
  • un dîner avec soupe et plat principal, 10bols...
Ca va etre dur de retourner chez Carouf après.

A propos de musique.
Le musicien est une espèce rare ici ! Pas un conservatoire et, cerise sur le gateau, l’unique Peña (bar oú il est d’usage de prendre une bière pour écouter de la musique folklorique live) est déserte même un samedi soir ! Depuis Buenos Aires nous n’avons fait que de l’'échantillonage : de la prise de son dans la rue ou pendant des concerts. Parfois nous n’avons pas pu obtenir les titres et auteurs (dur d’aller demander aux musiciens après un live : « c’était quoi la 5ème chanson ? »). Une fois les soucis techniques de l’informatique résolus, vous pourrez écouter ces enregistrements sur le blog.

Le jumelage avec la chanson française nous pose problème. Plusieurs contraintes : les musiciens ont au minimum deux travails et jouent le soir pour arrondir leurs fins de mois. Ne jouent du folklore que les personnes d’un certain âge qui ont, forcément, une famille. La mission, si vous l’acceptez, est de trouver puis réunir un groupe toute une demi-journée dans l’objectif de composer et d’enregistrer (sous votre direction) une chanson française. Bien sur, le tout se fera bénévolement. Difficile à réaliser. Vu de France ça semble facile, mais ici... Il faut tomber sur les bonnes personnes et développer une relation amicale forte, nous n’avons rien d’autre à donner en échange, si ce n’est l’expérience. Ce n’est pas faute d’avoir essayé ! En 7 mois nous y parviendront !

Pour le moment, voici notre plan B : enregistrer les musiciens en live, leur proposer un CD gratuit de la prise afin qu’ils puissent la vendre (s’offrir un enregistrement n’est pas au porte-feuille de chaque groupe). En échange, nous avons leur accord pour la diffuser à des fins pédagogiques dans le pays du Camembert.

Le plan B contient un deuxième volet : faire revivre tous les grands chansonniers francophones à travers les hauts lieux de l’Amerique latine. Comment ? En filmant nos interpretations sur un fond de lac Titicaca, de Macchu pichu ou d’Amazonie... Nous n’oublions pas notre objectif premier et continuons nos recherches.

Finalement Uyuni est un virage en tous points : Budgetaire, mental, musical... Cette ville insignifiante marque un nouveau départ pour les cyclo-ménestrels.