04h00 du mat’! Laetitia et Chloé doivent être arrivées à la station de bus. Alain y va. C’est son anniversaire aujourd’hui et pour l’occasion, sa copine Laetitia vient lui rendre visite. Elle travaille dans un musée d’arts immatériels à Cusco (Pérou) et son amie, Chloé, fait son mémoire de science po sur l’insertion des peuples indigènes. A 05h00, toujours personne, à 06h00 Antoine daigne se lever. Le pauvre Alain attend sur les bancs de l’agence de bus, tiraillé par les effets d’une bonne chiasse. Impossible d’avoir une seule information sur l’emplacement actuel du bus, c’est la Bolivie ! Finalement, on rentre se recoucher (l’état d’Alain ne s’arrange pas).

Les filles débarquent 1h plus tard : tout leur trajet a été ponctué de pannes en pleine piste. Parfois, les hommes devaient descendre pousser ou aider à trifouiller le moteur. Un voyage épuisant: départ le jeudi soir a 23h30 pour une arrivée le samedi à 7h00 du matin... elles ont la pêche quand même !

Nous attendions cette petite bouffée d’air : voir des gens familiers, en rencontrer d’autres, se laisser trimballer en 4*4… un gros laissé-allé en fait. Nous avons souscrit dans une agence une excursion de 4 jours à travers le sud Lipez que nous n’avons pas pu faire en vélo. Pour une fois, pas d’inquiétude vis-à-vis de l’eau, de la « comida » : une cuisinière vient nous préparer des petits plats et un vrai Mc Gaver nous conduit.


24 ANS, LE SUD LIPEZ EN CADEAU

Dans la chambre d’à côté, Vincent et Clément, du Sud-Ouest, engagent la conversation avec nous. Le contact passe plutôt bien, qu’est-ce qu’on se marre! Il reste deux places dans le Toyota, elles sont pour eux. Ça promet pour les prochains jours…

24 ANS, LE SUD LIPEZ EN CADEAU


1er jour : le fameux cimetière des trains (voir sujet sur Uyuni), sympa pour escalader d’antiques locomotives et se retrouver dans la chaudière, prendre les manettes et faire « tchou tchouuuuu ! » ; le reste de la journée nous traversons le salar, avec campement au pied du Tunupa. Nous contemplons cette grande surface blanche. Toujours difficile de réaliser, au moment présent, dans quel univers formidable nous nous trouvons. « Mais tu te rends compte un peu ? ».



24 ANS, LE SUD LIPEZ EN CADEAU


Alain est aux anges avec sa LAETITIA retrouvée... les lamas, jusqu’alors, très classes et fondus dans le paysage, s’excitent comme des lapins et sautent à cinq sur une pauvre femelle qui couine. No comment.


24 ANS, LE SUD LIPEZ EN CADEAU

Le volcan Tunupa culmine à 5300m (visible dans le dernier récit) ; du sommet, la vue est splendide sur le salar. On se lève tôt exprès, après une longue soirée guitare au refuge (au grand plaisir des autres touristes couchés !). Malheureusement, la pluie est arrivée pendant la nuit et de grosses rafales hurlent contre les murs. « On essaye quand même ? ». Il faut traverser quelques champs de lamas délimités par des murs de pierres, puis, grimpette sous la pluie. Le climat et la flore évoquent un peu la Bretagne. Le plafond est bas, on se retrouve vite la tête dans les nuages, trempés. Retour au refuge !

Avec ces nombreuses précipitations, le salar s’est couvert d’une fine couche d’eau. En le traversant du Nord vers le Sud, à l’île Incahuasi (voir précédent récit), nous roulons dans les nuages. En cette saison, il devient le plus grand miroir du monde ! Le relief s’y reflète en symétrie axiale, les nuages et le bleu du ciel donnent au sol une profondeur 3D, tout se confond ! Sommes-nous en avion, en bateau ? Sûrement pas en Toyota…

24 ANS, LE SUD LIPEZ EN CADEAU

24 ANS, LE SUD LIPEZ EN CADEAU


Le soir nous logeons au Sud, dans un petit village. Le refuge est fait de sel : sommiers, chevets, gros grains en guise de parquet…absolument tout ! Un groupe de jeunes nous invitent à disputer une partie de foot France/Bolivie tandis que les filles jouent avec des gamines ; ces dernières interprètent une comptine avec une chorégraphie synchronisée très attendrissante!

Les accélérations d’attaques ou défenses nous tuent avec l’altitude mais on mène quand même (on est trop fort). Les joueurs s’échauffent entre eux, « on va peut-être écourter la partie là ! » La France perd finalement le match au ballon d’or (même si elle menait largement).

On sent ces jeunes un peu désespérés, il n’y a absolument rien à faire ici! Nous remarquons deux teigneux qui se faufilent vers notre hôtel ; heureusement nous les rattrapons. Nous ne saurons pas leurs intentions. Toute la soirée ils viendront proposer des tours, de la « musique », contre un pourboire. Poussés par les parents ? Leur désespoir face à ces gringos qu’ils imaginent riches comme Crésus ? Au matin, quelques douzaines d’œufs ont disparu dans le 4*4…

Le salar est réputé pour être la meilleure route de Bolivie. Quelle différence en ce troisième jour, sur ces pistes défoncées ! Cap plein Sud, en longeant la frontière chilienne : lagunes Hedionda, Cañapa, à 4500m, flamands roses, Suris (cousin de l’Autruche)….

24 ANS, LE SUD LIPEZ EN CADEAU

Le trajet n’est pas très confortable mais l’ambiance est d’enfer! Chants de colo, concours divers et variés (dont nous ne révèlerons pas la nature !), avec Alain, on se relâche de 2 mois de « responsabilités » et retombons 5 ans en arrière, période ado débile. Avec des gais lurons comme Vincent et Clément, dur de faire autrement.

24 ANS, LE SUD LIPEZ EN CADEAU

A chaque pause « repas » , Natalia fait preuve d’une sacré ingéniosité pour nous concocter de bons petits plats au milieu de rien, avec rien. Pendant ce temps, Lucas a la tête dans le moteur et nettoie le carburateur, la carrosserie…

24 ANS, LE SUD LIPEZ EN CADEAU

La journée se clôture en beauté : la Laguna Colorada. Encore une merveille de la nature ! Une algue lui donne une teinte rouge sang parsemée d’innombrables points roses, des flamands roses en surpopulation. Les montagnes alentours dépassent toutes les 5000m. On en prend plein les yeux. « Pour-tant, que la mon-tagne est beeeeeelle, comment peut-on s’imaginer ; en voyant passer un vol de flamand, que nous sommes en Boliviiiiie !».

24 ANS, LE SUD LIPEZ EN CADEAU

24 ANS, LE SUD LIPEZ EN CADEAU

24 ANS, LE SUD LIPEZ EN CADEAU

24 ANS, LE SUD LIPEZ EN CADEAU

Réveil 4h00 (décidemment). En silence, nous aidons Lucas à charger nos affaires sur le toit. Il fait froid, ciel étoilé, pas un bruit. Piste toujours aussi mauvaise, la buée gèle sur les vitres… On monte, on monte. Bientôt, le ciel rougeoie et s’enflamme d’un orange pétant. Dans une vallée encaissée, de longues fumerolles : les Geysers Sol de Mañana ! Ça gargouille comme dans l’antre d’un sorcier maléfique ; attention de ne pas trébucher, ça bout à presque 100ºC !

Une heure de tôle ondulée plus tard, notre attraction préférée : les eaux thermales à 30C, nos plus chaudes jusqu’à présent. On ressort rouges comme des écrevisses et énergiques comme des rastas…

Fin américaine avec la Laguna Verde ; petit pincement au cœur car c’est ici que nous avions abandonné le Sud Lipez en vélo… Nos amis nous quittent pour continuer au Chili. Snif.

24 ANS, LE SUD LIPEZ EN CADEAU

Lucas répare une crevaison et nous rentrons pour Uyuni, enchantés par ces 7 H de pistes qui nous attendent !

24 ANS, LE SUD LIPEZ EN CADEAU

Nous avons peu dormi ces derniers jours. Ce soir nous prenons dans la foulée un bus de nuit pour La Paz et profitons de la présence des filles pour nous aider à porter notre chargement.

Le conducteur du bus, d’abord très sympathique, accepte nos vélos en soute. La compagnie nous confirme que nous n’avons pas à payer d’excédent. Nous aurions dû être plus vigilant…