Bus, bus, bububububuss…Après une nuit chaotique, le jour tapote notre épaule. Nous découvrons routes et paysages : pelés ! Des villages morts et poussiéreux, altiplano triste et désert à perte de vue … Satisfaits de ne pas être en selle. Des sommets blancs apparaissent, impromptus ; l’Illumani (6400m), forêt de pics enneigés qui joue des coudes avec le Huayna Potosi (6088m), pointu, qui chatouille les flancs d’un opaque plafond nuageux. C’est la première fois que nous admirons des montagnes si impressionnantes, leur coiffe est intégralement composée de neige et d’arrêtes rocheuses et… c’est vachement haut ! Traversée d’El Alto, la banlieue « chaude » de la capitale bolivienne (4200m) suivie d’une longue descente qui offre une vue imprenable sur une cuvette tapissée de maisons et buildings : La Paz. Comment ont-ils bien pu faire pour construire ce truc sur une pente si forte ? Nos yeux sont littéralement scotchés aux vitres embuées du bus.


Contents d’arriver ! Un peu fracasses quand-même, bouches pâteuses et marques de siège en travers du visage. On remonte tranquillement les vélos avant d’accompagner les filles à leur bus à destination de Cusco. Complications… Le chauffeur nous demande de régler un extra pour le transport de nos deux-roues ; sa femme, une « mamita », tient fermement le guidon d’Antoine (et sa grappe par la même occasion), crie sans arrêts lorsque nous essayons en vain de discuter. On aime les surprises de dernière minute, après une bonne nuit de bus. Ça s’échauffe, les filles s’en mêlent, certains voyageurs aussi… Finalement nous interpellons un agent de police qui regardait, hagard et immobile. Encore une fois, impossible d’en placer une, la mamie s’excite et braille comme un veau qu’on castre à blanc. L’heure du départ approche pour Laetitia et Chloé, la tension monte avec chaque minute. Hors de question de donner un seul Boliviano à ces voleurs. Tout a été payé la veille, à Uyuni. Et pourtant, nous proposons 20Bol, lassés d’essayer de se faire entendre. Elle s’enflamme de plus belle sous le regard fier de son mari, elle veut plus ! Les policiers (toute une patrouille est maintenant réunie), leur conseillent d’accepter. Ouf. Un peu plus et on l’étripait la vieille ! Après tout, nous la comprenons. Ils sont loin de rouler sur l’or et nous, nous symbolisons un portefeuille sur pattes. C’est en quelque sorte de la survie. Mais bon, à 2euros la surtaxe bagages on s’en tire pas mal !

Les filles ont à peine le temps de sauter dans le bus qui recule déjà ; elles arriveront le soir même à Cusco, cette fois sans péripéties. Toujours une petite appréhension lorsqu’on arrive dans une grande ville. On se laisse couler dans la descente, rejoignons l’artère principale où la circulation est très dense ; fumée d’échappement des bus qui démarrent et nous asphyxient, queues de poisson des collectivos… et cette auberge qu’on ne trouve pas ! Enfin, nous y sommes. Cadenas sur les vélos, petit café bien mérité (pour se remettre de nos émotions) dans le patio.

Nous avons le plaisir d’y retrouver Alexandra et Hugues, un jeune couple de cyclo-touristes rencontré sur le salar d’Uyuni. Ils sont partis de Cusco pour rejoindre la Terre de feu : Ushuaïa. Les discussions vont bon train. Ils nous présentent Nicolas et Marion, un peu coincés ici. Cette dernière passe ses journées à se battre avec son assurance pour pouvoir être rapatriée. Elle est sous antibiotiques à cause de parasites attrapés dans l’eau et la nourriture. Elle n’est pas la seule, une certaine Stephanie attend sa copine hospitalisée pour la même raison. Décidemment ! Ils n’en reviennent pas qu’on boive l’eau du robinet depuis Buenos Aires. Sur ce, on prend une grande décision : boire de l’eau minérale, tan pis pour le budget ; arriver en bonne santé à Cuba est tout de même préférable.

Nous passons une petite semaine dans cette capitale exubérante et occupons nos journées à tenir notre blog, grimper le Huayna Potosi (voir récit suivant) et découvrir la ville.



Ici, il vaut mieux être sportif ! Dans la plus haute capitale du monde, les étroites rues pavées montent à pic à l’assaut du relief. Se balader dans la ville tient du trek ! Partout des étalages de rues proposent des sapins de noël, des guirlandes kitch… Etrange également d’entendre la sonnerie stridente de douce nuit tous les 10 mètres lorsqu’on est en tong et t-shirt et sous ces latitudes.

LA PAZ OU « COMMENT FAIRE UN PIED DE NEZ AU CONCEPT D’ACROPOLE »


Les magasins de musique nous ravissent, nous passons un temps fou à essayer des tas de bizarreries : saxos à anches doubles faits d’un savant assemblage de roseaux, flûtes de toutes les dimensions possibles, guitares diverses et variées... Si seulement nous n’avions pas l’inconvénient du poids et de l’encombrement nous aurions probablement craqué !

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Plus loin, au détour d’un étalage, rencontre du 3ème type ! Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Un chien, un chat ? Non ! Des fœtus de lamas, séchés comme du Biltong ; ce n’était donc pas une légende ! Ici, ils s’en servent pour protéger les maisons du mauvais œil en enterrant le truc sous les fondations. Il n’y a pas que ça, ils partagent le présentoir avec un vautour, des tatous, et des crapauds lyophilisés et… des denrées alimentaires. Miam.

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Ça grouille de partout dans les rues, il y a une grande diversité de véhicules : tacos, mini-mini-bus, fourgonnettes, motos… dans chaque collectivos un crieur braille, la moitié du corps dehors, le nom des arrêts à un débit impressionnant. Mêlé au bruit des klaxons, des vendeurs de rue, c’est une joyeuse cacophonie. L’âge des « crieurs » nous choque. Ils ne sont parfois pas à l’adolescence. A partir de la Bolivie nous serons souvent confrontés au travail des enfants ; de la petite serveuse de 10 ans qui a toute la gestuelle et les expressions faciales d’un adulte au petit vendeur ambulant qui a une tête de trentenaire…

En général, nos escapades se finissent toujours au marché couvert, régal visuel et olfactif avec toutes ces couleurs et ces odeurs qui pénètrent sans prévenir nos narines. Cerise sur le gâteau, l’allée des fruits ! Du haut de leur mini-stand, cachées par une montagne de fruits en provenance directe de la Selva, les vendeuses interpellent le chaland et proposent des salades de fruits très copieuses hautement énergétiques. Un orgasme gustatif qui va droit au point G des papilles. Mangue, banane, maracuja, caramboles, fraises, goyaves, papayes… Le tout noyé dans du jus de fruit et saupoudré de copeaux de cocos


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En rentrant la mort dans l’âme (j’exagère) du Huayna Potosi, deux cadeaux empoisonnés nous attendent pour nous remonter le moral : Vincent et Clément, Le retour ! Vous vous souvenez ? Les deux tarés du Sud Lipez (voir récit précédent).
Nous n’oublierons jamais la soirée qui va suivre. On trinque gentiment à nos retrouvailles puis nous les suivons jusqu’à un hôtel pour « backpackers ».Ils doivent retrouver leurs amies australiennes rencontrées la veille dans un bus de nuit.

Marre de ces gringos cloîtrés dans le bar de leur auberge. Avec leur cocktail à 20 Bols (l’équivalent de 5 dîners environ), ils discutent de leurs excursions inter-gringos. «Oh, it’s so amAAAzing ! ». A travers la grande baie vitrée de leur aquarium, les lumières de La Paz tapissent les collines alentour. L’échelle sociale de La Paz existe au sens propre comme au figuré : en levant les yeux, ce sont les pauvres, embourbés dans leur misère ; tout en bas, là où nous sommes, les couches aisées. Quel clivage avec ces gringos insouciants. Ils sont gentils quand même et nous proposent des invitations pour une boîte de nuit. Beurk ! Mais ça ne peut pas être pire et ça sera peut-être couleurs locales ? Hé ben non ! L’établissement est dans un quartier très chicos et huppé. A l’intérieur, exclusivement des occidentaux en tenue dernière mode qui s’agitent ostensiblement sur des tubes anglophones. A quoi sert un voyage si c’est pour se retrouver avec les mêmes personnes et dans un contexte identique à ce qu’on connaît dans notre pays d’origine?
Et, comment a t-on fait pour rentrer ? Nous faisons vraiment tâche ! Claquettes odorantes, notre seul pantalon encore tâché par l’eau des pâtes renversées lors du dernier campement, sous-vêtements thermiques de cycliste… Ça tourne vite à l’auto dérision et nous passons avec nos amis un moment inoubliable. La soirée se finit à la fermeture ; il était temps. Vincent, rugbyman basque, commençait à traiter tous les anglais qu’il rencontrait de « gays ». Ils nous quittent aussi vite qu’on les a retrouvés. On se reverra en France, c’est sûr !

Nous consacrons une après-midi au musée des instruments de musique, situé dans une jolie rue pavée de ce qu’il reste du vieux La Paz colonial.

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Situé dans une vieille bâtisse du même type qui jouit d’un joli patio ensoleillé, nous allons de découvertes en découvertes : flûtes de pan d’un mètre de long ou en plumes de condor, charangos bâtards croisés avec une guitare, percussions à profusion… dommage qu’il n’y aient que quelques salles dédiées à la musique folklorique et aucunes vidéos ou enregistrement pour mieux mettre en valeur tout ce patrimoine immatériel. Nous prenons note et Alain mitraille de photos. Toutes ces informations serviront à nos expo-conférences-concerts une fois de retour en France.

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Lors d’une soirée, nous improvisons un dîner avec nos amis français dans le patio de l’auberge (qui a l’avantage de disposer d’une cuisine). Hugues, en plus d’être tailleur de pierre, est chef de cuisine ; il nous mijote un bon poulet aux légumes, un délice ! Sur fond de Jacques Brel et armé d’un verre de vin rouge, nous dégustons ; on s’y croirait presque. William et Evelyne se joignent à la joyeuse tablée ; encore des français ! Ils ont la cinquantaine et ont tout lâché, excepté leurs enfants (indépendants), leurs boulots et leurs maisons pour partir autour du monde. Quel a été le déclic ? Nous leur demandons. A force de voir leurs amis les plus chers passer l’arme à gauche à 50ans alors qu’ils avaient tout donné pour leur travail dans l’attente d’une retraite bien méritée (« Travaillez plus » qu’il disait) ils ont eu comme un coup de fouet. Le pas est dur à franchir mais, une fois dans l’avion au départ de CDG, il n’y a plus qu’à se laisser couler par le fil des rencontres, des envies et des hasards du voyage. Ils sont loin de regretter leur choix.
Et ils ont la forme ! Ils s’attaquent le lendemain à la route de la mort, macabrement célèbre pour son nombre déroutant (c’est le cas de le dire) de sorties de route mortelles en direction du ravin.
C’était un de nos rêves : 70Km de corniche, 2000m de dénivelé négatif en passant de l’altiplano aux prémices de l’Amazonie … Or, depuis la fermeture de cette route, les agences de tourisme ont transformé le parcours en attraction Disneyland. Location de vélo, transport, T-shirt et Cd photos souvenirs, repas compris. Ça nous refroidi un peu. On en aura d’autres des descentes de la mort, pas de soucis ! De plus, les journées passent vite, il est temps d’avancer.


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Nous avons adoré La Paz, très authentique et atypique. La quitter en vélo via l’autoroute nous fait un peu peur : 12 km de montée qui passent de 3500m à 4100m d’altitude, chargés comme des mules et à la vitesse d’escargots, sa banlieue et la ville dortoir « El Alto » à traverser… Mais ça, c’est une autre histoire !