Dans le bus de nuit qui nous transporte à Cusco, l’ambiance est pour le moins rustique! Serrés, fenêtres qui laissent passer l’air frais de l’Altiplano… Notre voisine se lève à un moment pour sortir d’un grand sceau plusieurs côtelettes d’agneau qu’elle se met à découper à la machette (ça passe trés près des oreilles d’Antoine). A notre grand désespoir, pas de toilettes. Ce n’est au début qu’un problème mineur qui tourne très vite en complication majeure. La route ne cesse de monter et les intestins se contractent. Ajoutez à cela le transit intestinal déréglé… Et ce ##### de col à 4600m qui ne vient pas, interminable. Sueurs froides, tendu comme des « i » sur notre siège, contractions prénatales; le moindre mouvement ou perte de concentration et c’est le dérapage. Après une très longue attente dans d’atroces souffrances, nous nous jetons sur les baños d’une station bénite.

2 heures de retard. Les filles, Chloé et Laetitia (voir «24 ans, le Sud Lipez en cadeau»), nous attendent patiemment avec de bonnes empanadas. Pendant le mois qui suivra, elles nous hébergerons gracieusement dans ce charmant quartier de San Blas. L’appartement de Chloé sera vite converti en QG de travail! Un grand merci à elles.

Les fêtes de Noël approchent. Une cérémonie des rois mages a lieu le 23 sur une petite place pavée de San Blas. La foule compacte s’est réunie autour d’une scène où danse un groupe d’enfants en habits multicolores.

Trois cavaliers déguisés patrouillent, un manège à traction manuelle de petites voitures fait hurler de rire des enfants… La chicha morada, boisson rafraîchissante rouge à base de maïs, et la bière Cusqueña coulent généreusement.

à la table d’un restaurant de rue, un gras péruvien s’empiffre un Cuy al Horno, cochon d’inde carbonisé. Ça ne manque pas d’ambiance!

CUSCO, NOMBRIL DE NOTRE PROJET

Le 24 Décembre, à la plaza de armas de Cusco, un marché de noël géant s’est déversé sur le moindre mètre carré disponible. S’y vendent figurines et matériaux qui iront peupler et décorer la crèche énorme de chaque famille. C’est le sport national! En France, c’est l’apéro, ici, la crèche, chacun son truc.

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Nous nous mesurons à cette tradition le soir même, chez la famille d’accueil de Laetitia. Un sapin en plastoc est tant bien que mal assemblé par nos soins tandis que tout le monde s’affaire autour de la crèche de 2 mètres carré. Il y a de tout: montagnes, lamas, moutons, un bonhomme de neige, Casimir, Mickey et bien sûr, la case où naquit l’enfant béni et sa peuplade d’illustres acteurs.

En remerciement à notre aide (plutôt gauche il faut le préciser), nous sommes invités à réveillonner avec eux. L’attente est longue, que diantre se passe t-il? A 22h, personne. Nos toasts sont prêts, Laetitia se bat encore avec sa bûche (ingrédients déficients, four défaillant…) qui donne l’impression de s’être fait bouffée et régurgitée par un yorkshire enragé. Une décoration de bouts de bananes affecte le tout. La honte! Nous prenons soin de préciser que cette chose n’est ni plus ni moins une création contemporaine et non le fleuron de la gastronomie française.

A minuit, les invités arrivent. Avec un petit verre de borgoña (vin rouge sucré), nous les suivons honorer la crèche. Ils se tiennent religieusement autour et tendent des cierges par-dessus. Jésus est placé dans les bras de Marie.

Soudain, des pétarades dehors. Vite, on sort. «PAF, BANG, BOOOOOOM, ZIIIIIIIIIIPAF!», la vache, ça pète de partout! Les gamins s’en donnent à cœur joie, éclatent la poubelle ou la boite aux lettres du voisin; mitraillettes, fusées, Mammouths, chandelles… Autant de pétards qui scintillent et explosent tout autour de nous sur les collines. Les pentes pétillent d’étincelles. D’une telle ampleur il n’y en a pas en France!

Toasts, soupe et gâteaux. Le repas est modeste. Les discussions durent tard dans la nuit. Ce sont des personnes passionnantes et d’une grande gentillesse. D’abord, le grand-père, il a beaucoup voyagé puis est docteur en biologie. Il nous racontera plusieurs fois le jour où, seul avec un ami, ils ont eu l’honneur d’assister à un concert de quatuor à cordes en quête d’inspiration dans les ruines du Machu Picchu; ses yeux en brillent de nostalgie. Ensuite, Carlos, l’aîné, lui, est archéologue en chef du Machu Picchu mais bien plus réservé. Enfin, Vladimir, son frère est ingénieur en environnement, il s’occupe, entre autres, de préserver le chemin de l’Incas, tout le temps en train de se marrer, trop sympa. Un réveillon des plus atypiques!

Parlons un peu de la ville ! Cusco est une ville propre et agréable (blablablabla): architecture coloniale mêlée à certaines ruines Incas, ruelles pavées, fontaines… Seul truc chiant, ces mini-taxis qui s’infiltrent partout et nous empêchent de marcher sans frôler les murs. Pas de quartier, ils roulent comme des malades et n’ont aucun scrupule à nous frôler.

La ville est enclavée à 3600m entre de grosses montagnes vertes foncées qui luisent après le passage d’une pluie.

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A peine 500 ans plus tôt, elle était une fabuleuse capitale Incas, le «nombril» en Quechua. Elle se situait au croisement des quatre empires qui s’étendaient du Chili à l’Equateur sur l’axe Nord/Sud et du Pacifique à l’Amazonie, d’Ouest en Est. Evidemment, tout a disparu dans les ravages des conquistadores. Les uns avaient l’or, les autres, la poudre à canon… Nombreux sont les objets en métal précieux qui ont été fondus en lingots pour la couronne d’Espagne. Les temples, eux, ont fini défoncés pour ériger Cathédrales et Eglises.

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Il subsiste malgré tout, en plein Cusco, un ingénieux mur Incas et sa célèbre pierre à 12 faces. Impossible de passer la moindre aiguille entre ses jointures. Comment ont-ils bien pu faire pour porter, tailler et assembler ce casse tête? Il paraît qu’une feuille qui pousse dans la selva détiendrait la vertu de ramollir la pierre… ça ne résout pas l’énigme pour autant.

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Entre les deux fêtes, nous avons rendez-vous avec Dominique, tabernacle (voir «De Copacabana aux premiers kilomètres en terre incas») à Arequipa (Sud péruvien, près de la côte) pour tenter l’ascension de notre ultime 6000m, le Chachani. Réussirons-nous cette fois-ci ? Après Licancabur, Tunupa, Huayna Potosi... Nous n’aurons pas d’autres occasions de passer la barrière, ne loupez pas le prochain récit pour connaître le dénouement!

Au soir du 31, à la plaza de armas, les cathédrales tremblent. A minuit, une guerre éclate, c’est du lourd. Cette fois, on a quelques petites peurs, de gros mammouths éclatent entre nos pieds, des fusées anarchistes rasent le haut de notre crâne et éclatent un mètre plus loin dans un vacarme assourdissant. Les filles flippent, crient à chaque explosion en se jetant quasiment à plat ventre sur le sol pavé. Au milieu, un no man’s land. Personne ne s’y risque: tous les tirs y convergent «A mon top on traverse! Go!»; jamais couru aussi vite, montée d’adrénaline garantie

Il y a tellement de fumée qu’une brume opaque, visibilité zéro, s’installe le lendemain sur l’aéroport. Il sera fermé à tout atterrissage, au grand dam d’Antoine…

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