Nous laissons notre équipement chez nos très chères hôtes et partons quelques jours en «backpackers» à Arequipa, tenter de réaliser un rêve: passer la barre des 6000m. Nous devons y retrouver notre québécois préféré: Dominiiiiiique! (voir récit précedent «De Copacabana aux premiers kilomètres en terre incas»)

Bus de nuit où un gars ronfle si fort que les passagers du bus entier éclatent de rire et lui jettent des choses dessus.

Au petit matin, nous retrouvons notre ami, frais comme un gardon! Il nous explique ses péripéties depuis qu’il nous a quitté dans la douleur à Julíaca. Pistes de terre, sable et roches (il est en vélo de course), la perte malheureuse d’une de ses chaussures, un col à 4600m… La galère! Il a finit dans un bus.

Sur Internet il a trouvé une fille pour l’héberger (pas folle la guêpe); finalement, c’est toute une famille qui l’a recueilli avec tendresse. Il nous propose d’y aller; c’est un peu gênant mais nous acceptons. Les membres de la famille ne semblent pas très au courant! Ils nous proposent un toit sur le champ (façon de parler) et nous offrent un copieux petit déjeuner: cafe con leche et cebiche (poissons et riz). Quelle gentillesse. Est-ce qu’on en aurait fait autant, nous en France? Pas sûr. Le père de famille travaille dans des mines géantes et répare de gros tracteurs Caterpillar; il part dans la foulée à Huáraz, bien plus au Nord.

Quel changement de se retrouver à 2000m, de voir du Soleil, d’avoir chaud… On a l’impression de soudainement retrouver l’été.

AREQUIPA, ASCENSION DU VOLCAN CHACHANI, 6075 métres

La jolie plaza de armas est le théâtre d’un fantastique défilé de décolletés; depuis l’Argentine nous n’avions pas vu de petites tenues! Les gens sont dehors aux terrasses des cafés. …Au centre, une grande fontaine entourée de grands palmiers et d’enfants traquant des pigeons trop gourmands.

AREQUIPA, ASCENSION DU VOLCAN CHACHANI, 6075 métres

Des bâtiments à arcades encadrent le tableau. La cathédrale coloniale à deux clochers domine on on voit s’élever au milieu, lointain, le cône parfait du Misti à 5900m.

AREQUIPA, ASCENSION DU VOLCAN CHACHANI, 6075 métres

Arequipa est appelée la ville blanche: elle est construite de pierres de lave et s’inscrit dans les plus belles villes Péruviennes.

AREQUIPA, ASCENSION DU VOLCAN CHACHANI, 6075 métres

Le Chachani. Un ensemble de 7 cratères qui atteint les 6075m. De la terrasse du petit café nous l’observons. Il a une couleur caramel et est recouvert de vanille au sommet… «A ton avis il est où le camp de base?», mystère…

AREQUIPA, ASCENSION DU VOLCAN CHACHANI, 6075 métres

Le lendemain, nous avons l’impression de partir pour une promenade de santé; nous ne réalisons pas. Peut-être sommes-nous déçus de l’absence de neige et glaciers? Le Huyana Potosi en Bolivie était tellement plus flippant!

Essai du matériel et départ aussitôt en 4*4 avec Nicolas, notre guide. 3 heures de trajet à travers de mauvaises pistes où la voiture tangue violement. Le chauffeur roule trop vite à notre goût, prend les virages à la corde sans visibilité, rase le bord du ravin… Le moteur rugit dans la pente, sensation de se retourner, musique à fond jusqu’à ce qu’on ne puisse plus avancer. 5000m d’altitude.

Ici débute la marche. Nous entendons la voiture s’éloigner avant que le calme ne reprenne possession des lieux. Le camp de base est vite atteint. Nicolas propose même d’aller dans la foulée jusqu’au sommet. Ce n’est pas tous les jours que nous aurons l’occasion de dormir à 5400 m! Nous refusons et montons notre tente à l’abri du vent entre de petits murets de pierres. Vu d’en haut, le campement forme ainsi toutes tentes réunies, un ensemble d’alvéoles où s’agitent des larves multicolores sur le point de siroter un bon maté de coca.

Pour passer le temps, nous allons admirer le paysage et chauffer au Soleil, allongés sur un grand rocher qui surplombe le vide. Plus bas, la vallée. De petits troupeaux de nuages cotonneux paissent. En se levant l’altitude nous étourdi, il faut respirer doucement.
«Hé Dominique, quand tu te lèveras, respires profondément si tu ne veux pas avoir la tête qui tourne» aussitôt dit, aussitôt fait! Il se tient les tempes, fait une tronche bizarre… On éclate de rire!

Après le dîner, nous rentrons regagner nos alvéoles respectives tenter d’y trouver Mr le marchand de sable (il est 15h). Le pauvre Dominique a la mauvaise idée de se coucher entre nous deux dans la tente: avec l’altitude les gaz se dilatent… Et Gaspard (mais quel humour!).

Antoine a le mal de l’altitude. Maux de crâne, affaiblissement, veines de la tempe qui battent la pulsation; se retourner dans le sac de couchage demande beaucoup d’énergie et amplifie ces symptômes. C’est une vraie épreuve pour partir à la chasse aux Dolipranes dissimulés au fond d’un de nos sacs-à-dos: il faut ramper hors de notre mue, ouvrir la tente, trouver ses chaussures et la frontale, retourner chaque contenu… Epuisant.

A 2h00 Nicolas nous réveil; par enchantement, nous sommes en forme, tous nos maux ont disparu.
Vite, on enfile des vêtements chauds pour conserver la chaleur corporelle; une banane, un maté dans le transit et c’est parti.
Nous commençons avec deux guides, un argentin et un allemand sextagénaire (courageux !). Pas de cordée cette fois, ni de crampons...
L’ascension est longue, 7 heures, et commence par le passage d’un petit col à 5800m dans de la rocaille. Un simple piolet pour nous assurer; nous aurons quelques petites peurs: la sécurité est loin d’être optimale. Pendant la traversée du mont Angel (un des cratères), nous évoluons sur une pente abrupte. A peine la place pour mettre un pied, il faut parfois sauter de roche en roche pour ne pas partir avec les éboulis... Avec le recul nous réalisons la dangerosité: un pied mal placé et s’était la dégringolade dans le trou profond à tenter désespérément de se raccrocher au piolet. Ouf!

AREQUIPA, ASCENSION DU VOLCAN CHACHANI, 6075 métres

Montée d’un autre sommet à la lueur des frontales, rythmés par nos respirations en accelerando, comme une chanson Russe. Là, une croix. C’est rassurant, un allemand de 22 ans y a fait une chute mortelle.
Nous tenons un bon rythme. Notre collègue Allemand semble peiner, il est bien à la traîne derrière.

Encore un col, plus haut. Sur l’arrête, Nicolas regarde sa montre: 28 minutes! D’habitude il met 1h30 avec les autres groupes. Ça a du bon le vélo d’altitude!
Nous nous reposons en compagnie de l’aurore. Encore un magnifique spectacle... Le premier carillon de l’horloge solaire a sonné. Les flots nuageux prennent feu, Arequipa s’éteint peu à peu. Plus besoin des frontales.

AREQUIPA, ASCENSION DU VOLCAN CHACHANI, 6075 métres

En regardant au loin, c’est grandiose; les sommets s’éveillent, arrosés de rayons cuivrés. Des cratères, le cône du Misti («Monsieur» en quechua) sont encore sombres. Au loin, les fumerolles matinales d’un volcan s’échappent lentement vers les nues... En haut de la pente, notre sommet. Le plus dur reste à faire, ça monte à pic! Obligés de zigzaguer en lacets, le sol est trés instable. L’allemand n’a pas pu continuer; à bout de forces il a du faire demi-tour avec un guide: deux petits points noirs à peine visibles avancent doucement entre une haie d’honneur de cratères.

Aller! Dernier effort. Dur. On s’éssouffle, mobilisons nos dernières forces, un pas devant l’autre, encore... Nicolas s’arrête: «6000m». Nous nous embrassons avec une petite tape dans le dos: «We’ve done it!».

AREQUIPA, ASCENSION DU VOLCAN CHACHANI, 6075 métres

La tête pleine de rêves, les derniers mètres sont malgré la difficulté un moment d’intense émotion. Voila, nous y sommes, 6075m. Sans se parler, chacun part dans son coin, perdu dans ses pensées, et contemple le panorama impressionnant qui s’offre à nous.

AREQUIPA, ASCENSION DU VOLCAN CHACHANI, 6075 métres

AREQUIPA, ASCENSION DU VOLCAN CHACHANI, 6075 métres

A l’Ouest nous aimerions apercevoir les eaux du Pacifiques, à 200km de là.

La tête du volcan Ampato, 6400 m, est couverte d’un chapeau de neige.
Lors d’une éruption, ses neivés ont partiellement fondu, libérant de son congélateur «la fille des glaces», une des momies Incas les mieux conservées. Imaginez l’émotion de l’archéologue et du spécialiste haute montagne qui tombent sur ce truc... Il y a des siècles, cette jeune fille avait été offerte en sacrifice à Inti, le Dieu Soleil.
De nombreux trésors Incas ont été découverts sur les plus hauts sommets. Sous la fièvre de l’or, évidemment, nos contemporains ont délicatement explosé à la dynamite quelques sommets, dont le notre. L’or n’avait pas de valeur marchande pour les Incas, s’était un métal précieux qui représentait des éclats de Soleil sur Terre.

Nous nous réunissons autour de la croix, unique cheveu sommital, et laissons éclater notre joie.

AREQUIPA, ASCENSION DU VOLCAN CHACHANI, 6075 métres

AREQUIPA, ASCENSION DU VOLCAN CHACHANI, 6075 métres

Quelques photos pour immortaliser le moment et... il faut penser à redescendre, le plus difficile.

AREQUIPA, ASCENSION DU VOLCAN CHACHANI, 6075 métres

Le moyen le plus «économe» en terme d’énergie: courir en dérapant et ne surtout pas lutter contre l’attraction terrestre. Inconvénient: le sable rentre, rempli nos chaussures et tord les chevilles. Dominique ne trouve pas les forces. On voit qu’il lutte. Il s’épuise dès la première pente pourtant il reste plus de 1000 mètres de dénivellé jusqu’au 4*4 salvateur, sans compter le rangement du camp de base!

Le Soleil tape, le T-shirt remplace la doudoune. 3 heures de descente. Un plaisir de découvrir les paysages que le draps sombre de la nuit avait masqué.

Au camp de base, nous sommes inquiets pour Dominique, nous n’apercevons toujours pas sa silhouette de caribou blessé par une meute de loups. Nous rangeons la tente et ses affaires. «Aaaah, voilà l’animal!» complètement avachi, épuisé et boitillant. Il s’éffondre sur un tapis de sol.
Nous lui porterons ses affaires pour la dernière descente. Du 4*4, content de pouvoir décompresser, nous chambrons notre ami en pleine performance sportive. Il fait peine à voir, nous ne pouvons nous retenir de rire: un mort-vivant de film d’horreur, ou R2D2, le robot de Star Wars ? Dur de trouver une comparaison qui lui ressemble.

Heu… Dominique, tu ne nous en tiendras pas grief si nous mettons un passage de cet instant vaillant en vidéo? Nos lecteurs aussi veulent rire! En tout cas, merci, nous avons été heureux de te connaître et partager avec toi de si bons moments. Inoubliables. Bisous mon petit caribou.

Après cette ascension, nous vous proposons un rendez-vous avec une des sept merveilles du monde, une cité perdue, un pied de nez des Incas aux conquistadores... Un moment fort de notre voyage: le vénéré Machu Picchu!