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Dès notre arrivée dans l’ancienne capitale Incas nous assistons à la représentation du premier opéra Cusquéñien. Manko Incas, qui conte l’histoire de l’ultime dynastie Inca. La musique est très intéressante, mêlant classique et musique traditionnelle (instrumentalisée par les queñas et charangos). Malheureusement, l’orchestre massacre le tout avec une justesse si déplorable qu’elle nous couvre de frissons et hérisse les poils. On se croirait à un concert de l’'ensemble Intercontemporain interprétant une création de Shoenberg ou Stravinsky.

Le premier opéra Cusquéñien Manko Incas
écouter le premier opéra Cusquéñien Manko Incas en live

Nous l’apprendrons plus tard, l’orchestre déchiffrait pendant le concert; vive l’organisation péruvienne! En effet, beaucoup de problèmes administratifs ont miné les répétitions. Toutefois, les acteurs, vêtus d’habits traditionnels Incas, jouent leur rôle avec beaucoup de passion et certains passages comiques font hurler de rire le public. Lorsque les chœurs interviennent, surprise, ils assurent et sauvent un peu le pupitre des cordes en chute libre harmonique.
Finalement, nous ressortons ravis! Chloé et Antoine imaginent même une représentation de cette pièce à l’Opéra de Paris, avec des moyens énormes. Ça serait un carton. «Et si on récupérait le livret et le conducteur?».

Un collègue de Laetitia est une star locale: Jorge Millones. Dans le patio de la maison de la culture, nous sommes invités à son concert privé. Quel niveau de guitare! Tout en arpèges avec allégresse, tristesse, rythme et jolies mélodies. On sent là un sacré musicien. La petite foule réunie autour de tables couronnées de bouteilles vides, reprend tutti les refrains entraînants. Nous sommes surpris en apprenant que ce ne sont que des compositions. Bravo Jorge!

MUSIQUE CUSQUENIENNE ET GALERES TECHNIQUES…

Jorge Millones
écouter Jorge Millones en live

Le grand-père d’accueil de Laetitia, ravi d’avoir des musiciens Français, veut nous aider dans le projet. Il va s’investir complètement pour nous.
Un soir, il organise une rencontre avec le directeur de l’institut supérieur de musique de Cusco. Pour cela, il s’est mis sur son 31 et semble plus stressé que nous! Nous expliquons au dirlo le projet, parlons musique… Puis, il nous auditionne attentivement. Après notre prestation incroyable (on est des bêtes) il nous propose un concert la semaine suivante. Nous acceptons immédiatement, même si nous avions prévu de continuer notre route le lendemain matin… Cette semaine supplémentaire va nous faire prendre beaucoup de retard.
Pour cette représentation, Chloé (voir biographie) se joindra à nous pour essayer de jouer du violon (ahah, c’était plus fort que nous, excuses-nous Chloé!). Avant de venir un an au Pérou, elle travaillait son instrument au conservatoire de Poitiers.
Le problème, elle n’en a pas ici; nous n’aurons qu’une répétition possible avec elle, grâce à un prêt du conservatoire le temps d’une matinée.

Les jours qui précèdent le concert, Antoine compose plusieurs parties de violon (on ne racontera pas le sacerdoce pour trouver du papier musique!) et Chloé retranscrit celles des enregistrements. De son côté, Alain apprend religieusement les nouvelles chansons à la guitare. Plusieurs recherches Internet seront nécessaires pour trouver paroles et accords…
Laetitia met aussi la main à la pâte: elle a la bonne idée de faire un dossier avec la présentation de chaque chanson: auteur, traduction des premières paroles, description du thème… Ainsi, le public s’en instruit et l’échange culturel devient nettement plus intéressant.
Le temps passe vite. La veille du concert nous sommes loin d’être prêts!
Le jour J, nous allons répéter une ultime fois et avec un peu de concentration tout s’arrange.

Un grand tableau nous présente et invite les spectateurs à prendre place. La petite salle se remplit… et la tension monte! Antoine, plus habitué aux concerts grâce aux concerts de son groupe les chevreuils psychédéliques (découvrez le nouveau site du groupe) est à peu près zen. En revanche, Chloé commence à stresser quand il faut jouer seule au violon! Alain quant-à-lui appréhende son dépucellage scénique. Pas mal dans un lieu comme Cusco!

MUSIQUE CUSQUENIENNE ET GALERES TECHNIQUES…



Rapide accordage, salut au public et nous entamons le programme.

Nous avons essayé de le faire homogène afin qu’il représente un large panel de chanson française. Celle classique de Brassens, Trenet et Reggiani; la populaire de Bécaud, la jazzy de Sanseverino et la «nouvelle vague» avec les Chevreuils Psychédéliques. La mauvaise réputation sera chantée en français puis en espagnol.


Ce qui nous fait :

  • Jean-luc (Sanseverino)
  • Que reste t-il de nos amours (Trenet)
  • Il suffirait de presque rien (Reggiani)
  • J’me suis fait tout p’tit (Brassens)
  • La mauvaise réputation (Brassens)
  • La mala reputacíon
  • Les copains d’abord (Brassens)
  • La plage (Chevreuils Psychédéliques)
  • Et maintenant (Bécaud)
  • Mal ô mains (Sanseverino)

Avec le stress et le manque de répétitions, des choses bizarres se produisent: parfois Alain ne part pas (même lui ne sait pas pourquoi), Chloé ne joue pas certaines parties (son archet tremble!) et il y a quelques oublis de paroles de la part d’Antoine (comme d’habitude).
Contre toute attente le public apprécie et rigole même pendant la mala reputación.

Afin que l’échange soit complet, un des professeurs de guitare joue magnifiquement un thème et variation sur el Condor pasa; on est loin de la version de Simon and Garfunkel. C’est très joli mais bougrement technique. Au fond d’une chaise, nous l’écoutons, médusés, tout en nous remettons de nos émotions…
Le directeur conclut par un discours et s’excuse du manque d’élèves présents. Ils sont en grandes vacances; dommage pour nous qui comptions sur cette opportunité pour trouver des musiciens… Antoine avait quand même tenté une requête à la fin de notre show époustouflant: sans suites…
Finalement, cette expérience a inspiré de nouvelles idées au directeur. Il va essayer de renouveler l’expérience pour ouvrir les élèves à tous les types de musiques.

Nous avons réussi à leur présenter un éventail de notre «folklore français». Notre rôle d’ambassadeurs de la chanson française est remplit! Peut-être sommes-nous les premiers à en jouer lors d’un concert à Cusco?

Pour fêter cet évènement, nous nous rendons au bar Kamikaze voir notre groupe favori: Pueblo Andino!
Un cocktail explosif réussi entre la musique andine et le rock. La bar est noir de monde en tenue de soirée, un verre à la main. Antoine, c’est un enregistreur qu’il tient fermement, armé, près à dégainer et enfoncer la gâchette lorsque le batteur donnera la mesure.

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Le groupe Péruvien Pueblo Andino
écouter le groupe Péruvien Pueblo Andino en live

Ils entrent sous les applaudissements, s’accordent rapidement et installent dès le premier morceau une ambiance incroyable. D’agréables ondes parcourent le corps, les basses résonnent dans les tripes, les queñas éveillent nos envies de montagne par leur évocation du vent. Le sourire s’étire jusqu’'aux oreilles, tout autour, les gens sont heureux de vivre, se serrent la main, s’envoient des accolades, ils trinquent dans un éclat de rire… C’est fédérateur.

Comme toujours lorsque la musique nous transporte, nous partons dans nos pensées et nous nous remémorons le voyage depuis Buenos Aires:
« _Tu te souviens le campement en pleine pampa sous le gros orage?
_Ah ouais, trop bien! Et cette fichue traversée des Andes! » (Note de l’auteur: le terme «fichu» remplace un terme plus cru susceptible de choquer)
Les rencontres aussi, le fil d’amitiés que nous avons tissés, des copains géniaux que nous ne recroiserons sûrement jamais.
Il faut absolument profiter des quelques mois restant jusqu’à Cuba, un voyage comme celui-ci est unique dans une vie.

Nous parlons beaucoup de l’étape à venir; difficile de savoir si elle sera réalisable ou non car nous avons peur d’être bloqué (c’est ce qui arrivera…) et d’avoir à faire demi-tour. Arriverons-nous à traverser l’Amazonie de l’Ouest, du Sud au Nord via le Pérou et l’Equateur en pleine saison des pluies? Comment ressortirons-nous de ce périple? Et le matériel? En tout cas, ça excite notre envie d’aventure!

Depuis le passage de la frontière péruvienne, mystère. Le site ne marche plus, impossible d’y accéder. Bloqué à cause du nom de site ? C’est très frustrant, nous ne pouvons pas voir si nous avons des commentaires ni tenir à jour le blog; le retard s’accumule pendant que nous cherchons des solutions: achat d’un autre nom de domaine; même problème! Nous étudions l’éventualité de former un proche à distance. C’est très compliqué. Il faut trouver autre chose.
Trouvé! Contrôler plusieurs ordinateurs à distance (d’ailleurs, merci à tout ceux qui nous ont prêté leur ordi!). Or, ceux-ci, une fois éteints, restent impénétrables. De plus, ça rame grave; plusieurs minutes pour l’ouverture d’une seule page. Alain s’arrache les cheveux! Appels d’aide au secours sur Skype pour avoir de l’aide… Heureusement, Chloé nous prête gracieusement son appartement et son ordinateur pendant qu’elle travaille.

MUSIQUE CUSQUENIENNE ET GALERES TECHNIQUES…

En général, pour mettre en ligne un nouveau récit, nous mettons un jour complet. Pendant qu’Antoine rédige le récit (couché auparavant sur un brouillon), Alain sélectionne les photos qu'il a faite, les retravaille avec un logiciel (à réinstaller dans chaque cyber), charge les vidéos sur Youtube (si elles ne font pas plus de 100Mo sinon il faut les réduire). Ensuite, relecture (si nous avons le temps! Au passage, excusez-nous des nombreuses fautes), découpe des paragraphes, mise en page (sous forme de langage informatique) et postage.

Chaque fois, nous accouchons d’un bébé, pressés d’en récolter les fruits: vos commentaires. Psychologiquement aussi, cela nous permet de tourner une page, de coucher nos souvenirs et surtout, de les partager, le plus important!
A l’heure où j’écris ce récit nous naviguons sur l’Amazone. Nous ne le mettrons en ligne qu’un mois plus tard! Comme vous pouvez le constater, nous avons beaucoup de retard à rattraper.

Voila, c’était le dernier récit de la session Cusco. Les prochaines histoires auront pour théâtre l’Est du Pérou, où l’aventure se fait la part belle avec des forêts peuplées de singes, de perroquets, de tarentules… Où les marais recèlent de caïmans et anacondas et où les rios boueux cachent pirhañas, païches et…dauphins roses…