Le Mexique, pays des tacos et des Chihuahuas. C’est aussi les mayas, les mariachis, la Tequila, les déserts hérissés de cactus et les jungles du Chiapas!

Le passage de la frontière est toujours un moment de stress, surtout en Amérique centrale. Ici, tout est bon pour surtaxer deux cyclotouristes avec des tronches de gringos. Au Panama, nous avions du payer 20USD de décontamination pour nos montures, au Nicaragua, payer pour se faire tamponner le passeport et là, cerise sur le bateau: il nous faut aller régler une taxe à la banque la plus proche! C’est mal nous connaître…

En ce début d'après-midi la chaleur est étouffante, le Soleil une enclume. Une gentille dame nous accueil à la terrasse de son bar à tacos: musique à fond qui sature son transistor, ventilateur antédiluvien… un vrai western. Nous trinquons à la Corona, cette bière sur-exportée à base de Tequila.

Les 20km jusqu'à Chetumal sont un supplice sur une grande route qui épouse fidèlement la côte Yucatàn; les semi-remorques et bus nous frôlent, le vent de face forci. Ajoutez à cela une crevaison d'Antoine. C’est encore une fois le même cérémonial : assis dans le fossé à côté des détritus et cadavres décomposés d’animaux divers, il faut retirer la roue sans s'énerver (en général le dérailleur gêne et on se fout du cambouis partout), retrouver la trousse à outils, les rustines... C'est facilement 30 min qu'on perd à fondre au Soleil tout en se ramassant les nuages de poussière brassés par les poids lourds.

Arrivés en ville, nous respectons pour la 1ere fois les feux rouges. Ici les policiers sont très corrompus et nous décidons d’opter pour la discrétion, dans un premier temps. C'est bien plus moderne que le Belize! Centre commerciaux et avenues à l'américaine, petits restos, vendeurs de tacos...

Il nous faudra trois jours pour rejoindre Tulum, plus au Nord, toujours sur cette route déprimante d'où l'on peut que trop rarement voir la mer. La présence de vendeurs de fruits et jus sur la route est appréciable car on se déshydrate très vite, lyophilisés par un souffle chaud et sec continu. Nous dormons le plus souvent à la belle étoile et installons religieusement le bivouac, selon un « modus operandi » bien rôdé :

  1. Retirer les guitares de leur pochette étanche (ce qui nous sert de siège ou de table),
  2. Monter la tente (lorsque nous décidons de l’utiliser), après avoir choisi 3m² de terrain sans roches ou branches,
  3. Gonfler les tapis de sol et y déposer duvets et coussins,
  4. « corvée » de bois et de feu : en général c’est Alain qui s’en occupe, ce mec est à moitié pyromane et excelle dans cet art,
  5. Allumer le réchaud à fuel et faire bouillir l’eau…

Pour rendre plus agréable la soirée, nous branchons un mp3 sur les enceintes que nous avons troquées en Bolivie. Notre nouvelle lubie à ce moment de l’aventure est d’écouter « les impostures téléphoniques de Lafesse » en boucle. Ca nous rapproche un peu du pays ! Pour dôme, un magnifique ciel étoilé. Parfois, une braise s’échappe du feu crépitant pour aller danser avec la voie lactée. Qu’est-ce qu’on se sent bien autour d'un feu, les yeux perdus dedans, pensifs, en sécurité. Réminiscence de la préhistoire? Souvent, nous déplions une carte, commentons les km accomplis, l'objectif du lendemain. Après avoir calmé le feu grâce à nos lances incendies nous mettons la viande dans le torchon à la lueur des frontales avant de sombrer dans un profond sommeil.

Arrivée à Tulum de nuit ! Nous décidons de la traverser pour rejoindre la plage et y dormir. Tulum, ville très touristique grâce à (ou à cause de) son temple maya posé à l’aplomb d’une falaise. Cette dernière trempe dans l’encre turquoise d’une plage paradisiaque. Tout le monde a vu cette photo au moins une fois, placardée sur les vitrines d’une agence de voyage ou les murs du métro.

Tulum

Paradoxalement, atteindre la mer de nuit n’est pas chose aisée ! De plus, tout est cerné par les hôtels. Après plusieurs essais infructueux (les gardiens nous virent comme des vagabonds !) nous mentons à un camping et parvenons à nos fins, à bout de force : après des heures à bouffer de l’asphalte et cuire sous le Soleil, pousser les vélos dans le sable fin n’est pas une partie de plaisir ! Il y a des moments comme ça. Où tout ne va plus, que le moral tombe d’un coup, aggravé par la faim et l’envie de confort. Pourtant nous évoluons dans une carte postale ! C'est le gros coup de blues. Depuis plusieurs jours nous progressons sans s’accorder de pauses et sans croiser grand monde. Nous comptions sur cette étape pour rencontrer des gens et se socialiser un peu, discuter. Or, la plage est déserte et se faire virer comme des moins que rien a raison de nos dernières forces. Tant pis. La bouteille de vin rouge français, don de notre précèdent ami Gallois, y passera, qu'elle ne le veuille ou non. Sur une petite embarcation de bois nous installons l'apéro tant attendu depuis quelques jours. Le ciel étoilé se reflète dans la mer d'huile. Ouf, la pression redescend, on a faillit craquer pour de bon. C’est alors que 3 jeunes mexicains viennent discuter avec nous et nous proposent la tournée des bars de strip-tease, les « table-dance ». D'abord motivés, nous déclinons finalement car notre tente et les vélos resteraient sans surveillance. C'est beaucoup trop risqué...

Le réveil du lendemain est rude! L’atmosphère de la tente! Quelle n'est pas notre surprise de constater que nous barbotons dans une flaque d'eau (une averse est tombée et la tente n'était pas protégée) dont les nénuphars sont des chips aux oignons! Ce n’est pas tout! Trempés de sueur, de miettes et de sable, Alain ouvre l’abside de la tente: tout autour de nous, une armée de touristes bronzent sur leurs serviettes. Ils observent un peu surpris c'est deux individus crasseux qui sortent maladroitement, le visage balafré par la morsure de la nuit. Pas une seule zone d’ombre pour émerger avec cette extrême luminosité et il n’y a rien pour acheter de quoi déjeuner… Dur! Toutefois, en route pour Tulum, une petite crique cernée pas de gros rochers ronds nous tend les bras: la mer est bleue azur, les vagues lèchent lentement le sable fin… C’en est trop! En moins de 5 min nous sommes dans l’eau avec nos masques pour une heure de snorkeling. Mémorable. La faim nous tire définitivement de cette baignade improvisée. Ces derniers jours, nous avons tiré sur la corde. Il nous faut de quoi dormir, se laver, faire le linge et récupérer un peu. Direction l'auberge de jeunesse de Tulum. Le dortoir est rempli de jeunes backpackers gringos davantage là pour faire la fête que pour découvrir la culture mexicaine. Nous n'en bougerons toutefois pas et passerons notre temps au cyber pour récupérer le temps perdu sur le blog. Nos économies ont encore bien fondues. La décision est prise de se serrer la ceinture : fini les visites touristiques, il faut se réduire au strict nécessaire. Pour l’alimentation, ça sera à base de tacos essentiellement, et ça arrache! Mieux vaut ne pas être trop sensible au piment... à éviter pour les abonnés aux hémorroïdes! Parfois on a l'impression d'étouffer; on se regarde en rigolant et en gémissant, montrant du doigt la carafe d'eau... Evidemment l'autre ne peut résister à l'envie sadique d’écarter celle-ci.

Plus qu'un objectif nous obsède: Cuba, si proche. Mais plusieurs questions se posent: l'avion, le visa d'entrée et la taxe de sortie du Mexique que nous avons décidé de ne pas payer (racket). Nous décidons de gagner Cancun en bus et y régler toutes ces questions. La route est effrayante! Une langue de macadam à dégoûter n'importe quel cycliste. Beaucoup de trafic, des paysages mornes où il est impossible de voir la mer tant la côte est envahie d'hôtels "all-inclusive". Ça pue. C'est dénaturé, loin de notre idéal. A Cancun, l'ambassade de Cuba nous dit de nous rendre acheter le visa à l'aéroport. Alors que nous tirons les renseignements au guichet de la compagnie « Mexicana » germe en nous l'idée d'avancer la date de notre départ pour La Havane. Pourquoi perdre notre temps dans cette enclave du tourisme de masse alors qu’on pourrait directement aller s'immerger dans le profond Cuba? L'agent d'escale nous propose le surlendemain. A partir de là tout s'accélère: nous rentrons à Tulum et préparons notre séjour cubain. Nous devrons nous y rendre en bus, une idée plutôt séduisante au regard de la route! Au petit dej, le lendemain, nous croisons deux français rencontrés au Pérou sur le chemin de l’Incas : Raphaël et Rudy, nos petits Angevins! Quel bonheur de se retrouver là! Résultat, nous déclarons dom-tom une table du patio intérieur, sortons bières et jeu de Tarot. De 11h à 18h nous resterons là non-stop à jouer, raconter nos histoires, rigoler, penser à la France. Ils bouclent leur tour du Monde d’un an. Pour eux c'est le grand retour la semaine qui suit.

Le soir même, tristes de les quitter, nous grimpons dans le dernier bus pour Playa Del Carmen, plus au Nord, non sans encore négocier le tarif pour nos bécanes. C'est trop touristique, beurk !

De nuit nous installons nos matelas dans un endroit isolé de la gare routière, prêts à monter dans le 1er bus du lendemain. En plein sommeil, des policiers nous réveillent du bout de leur matraque... "prohibido duermir aqui senores!" C'est à ne plus rien y comprendre! A côté de nous des clochards dorment sur des bancs tranquillement! Hé oui, ce n’est autorisé que sur les bancs. Il nous faudra trouver une place entre ces derniers pour avoir le droit au sommeil...

Au matin, l’affluence de voyageurs nous tire d’une nuit houleuse. A peine le temps d’un café que nous sommes déjà dans le bus, bouillants d’excitation. Le grand jour. Si tout va bien nous serons ce soir dans l'ultime étape de notre périple!

Arrivés à l'aéroport de Cancun, nous nous répartissons les tâches: Alain va vers les poubelles des entreprises de Frêt pour y dénicher les cartons qui protégeront nos vélos tandis qu'Antoine commence l'enregistrement. Nous tentons le vol de 15h dans un petit avion de la Mexicana, un Fokker 100. Jusqu'au dernier moment, le personnel nous fera démonter et remballer sans cesse nos vélos, toujours trop volumineux pour les soutes du frêle bi-réacteur. Le stress est à son paroxysme! L’heure limite d’embarquement est même dépassée. Finalement, c'est en pièces détachées que nos fidèles montures prendront la voie des airs.

Retrouverons-nous toutes les pièces et les sacoches? Les pertes de bagages sont fréquentes! Le bon point : personne ne nous demandera de taxe pour quitter le sol Mexicain.

Voilà. On y est, les fesses collées dans le siège de l'avion, tête vissée au hublot. Départ pour l'inconnu! Encore! Et cette fois, pour finir en beauté, nous avons décidé de pousser l'aventure et de traverser l'Ouest Cubain à "travers champ", là où les populations se trouvent loin des grands circuits touristiques. Y arriverons-nous? Le Fokker effectue un rolling-take off. La poussée nous enfonce au fond des sièges. Quelques minutes plus tard, en croisière, nous survolons enfin le bleu profond de la mer des Caraïbes, grand alpage pour moutons-nuages. Les yeux perdus sur cette toile impressionniste, le sourire jusqu’aux oreilles, nous réalisons que la prochaine Terre qui défilera sous les ailes de notre avion sera …Cuba.